mercredi 25 juillet 2012

« La fin du monde ... en caricatures! » en page éditoriale de La Presse

« La fin est proche », un éditorial de Mario Roy.

« Dites-moi, est-ce que quelqu'un se souvient du bogue de l'an 2000? »

Tout va s'effondrer, nous allons tous mourir. 

C'est sci-en-ti-fi-que. 

Le mois dernier, dans la très sérieuse revue Nature, 18 chercheurs signaient un article prévoyant que «l'écosystème global (...) approche d'une transition critique à l'échelle planétaire, résultat de l'activité humaine»

Lorsque ce point de bascule sera atteint, l'écosystème va subitement s'effondrer. 

Pas dans mille ans, mais pendant le siècle en cours.


Certes, c'est un peu moins déprimant que le calendrier maya, qui annonce la fin du monde pour le 21 décembre. Mais, tout de même, ça fait peur...
Alors pourquoi n'en perdons-nous pas le sommeil?
L'habitude, voilà pourquoi. Depuis Nostradamus, 183 fins du monde ont été annoncées (dans Le fanatisme de l'apocalypse, Pascal Bruckner). Même parmi les hommes des cavernes, il s'en est certainement trouvé un pour prédire une imminente apocalypse!
Peut-être est-ce d'ailleurs le même qui a inventé la première religion. Car, jusqu'à tout récemment, c'est au nom de l'un ou l'autre dieu que la fin du monde était en général annoncée. Aujourd'hui, c'est plutôt la science qui est invoquée. Le bogue de l'an 2000 a fait craindre la paralysie de tous les systèmes planétaires. Le Grand collisionneur de hadrons de Genève engloutirait l'univers, a-t-on prédit en 2008. Les changements climatiques ne cessent d'inspirer mille scénarios d'extinction. À mesure qu'on les débusque en laboratoire, les nouveaux virus déclenchent une terreur universelle.
Sur une caricature de 2006, un gros coq tient un journal claironnant que la grippe aviaire va faire d'un instant à l'autre sept millions de morts! Pas du tout troublé, le volatile rieur s'exclame: «Dites-moi, est-ce que quelqu'un se souvient du bogue de l'an 2000?»
Le bogue n'avait causé aucun dégât notable. En huit ans, de 2003 à 2011, la grippe aviaire a fait dans le monde entier... 350 victimes.
***
Le gros coq est une créature d'Aislin, de The Gazette. Et sa basse-cour se trouve au Musée McCord, qui abrite jusqu'au 26 janvier 2013 l'exposition «La fin du monde en caricatures».
Or, les centaines de croquis qu'on y trouve démontrent ceci: on ne rit pas de ce qui terrifie vraiment.
Ainsi, le calendrier maya est l'objet de plus d'une douzaine de caricatures hilarantes. Serge Chapleau, de La Presse, a imaginé un vieil illuminé muni d'une pancarte proclamant que «la fin est proche» et qui jette un oeil à l'endos du fameux calendrier. Dépité, il s'exclame: «Ah ben! Ça parle au diable! Ça continue en arrière...» Par contre, guerres, massacres et cataclysmes n'inspirent que des dessins tragiques. Un des plus anciens date de 1878, est signé John Henry Walker et dépeint une scène déchirante d'enfants emportés par la fièvre jaune.
C'était l'époque où les épidémies et mille autres malheurs étaient de petites fins du monde, des vraies, qui n'autorisaient pas le luxe de fantasmer sur la grande.



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