samedi 10 mars 2012

Jean Giraud 1938-2012

© Eric Dessons / JDD / SIPA
C'est avec grande tristesse qu'on apprend aujourd'hui le décès de Jean Giraud, alias Gir et Mœbius.


Les vidéos (en français avec sous-titres en anglais) «In Search of Mœbius» ici.


D'autres images de Moebius ici.
Le témoignage de Kichka.

Jean-Claude Mézières, créateur de la série BD "Valérian et Laureline" qui  était à l'Ecole des Arts appliqués avec Moebius quand ils avaient 15 ans :  "C'était un fou de dessin. Il passait sa vie sur le papier. J'ai toujours  jalousé son habileté... Quand nous étions à l'école et qu'il nous montrait son  carnet de croquis, on savait. On savait qu'il avait ce talent, cette intuition  géniale, dans la tête et jusqu'au bout des doigts".
   
Frank Margerin, auteur de la série "Lucien" le rebelle à la banane :  "Jean était un génie du dessin mais surtout un ami. C'est une immense perte, et  pas que pour le petit monde de la BD. Jean aimait plus que tout dessiner et  maîtrisait totalement son art, il avait toujours sur lui un petit carnet dans  lequel il +griffonnait+ de purs chefs-d'oeuvre avec une facilité déconcertante.  Le regarder dessiner était un bonheur !"
   
Gilles Ratier, secrétaire général de l'Association des critiques et  journalistes de BD(ACBD): "Toute la profession est sous le choc, totalement effondrée, même si on savait qu'il était gravement malade".
   
Benoît Mouchart, directeur artistique du festival international de la BD  d'Angoulême: "La France perd l'un de ses artistes les plus connus au monde: au  Japon, en Italie, c'est une star. Moebius a influencé la BD mondiale et son  influence sur le cinéma américain est également monumentale".
"Je pèse mes mots: Moebius restera dans l'histoire du dessin au même titre  que Dürer ou Ingres. C'était un artiste dont la dimension dépassait de très  loin l'univers de la BD, un Maître comme on le dit en peinture, qui a créé une  école et cherché toute sa vie à déconstruire son propre style, à se réinventer".
"Jamais Manara, Enki Bilal, Hermann ou Juillard ne dessineraient comme ils  le font si Moebius n'avait pas existé".
   
François Boucq, grand nom français de la bande dessinée, "artiste de  l'année" en 1998 à Angoulême: "J'ai perdu un très bon pote. J'ai une vénération  particulière pour son travail dans le cadre de la BD et du dessin en général.  C'était un maître du dessin réaliste, dont il estimait que c'est l'aristocratie  du dessin. Il avait aussi un réel talent humoristique, qu'on devine à  l'occasion dans ses ouvrages de science-fiction... et dont il faisait encore  largement preuve à l'égard des ses infirmières quand je l'ai vu il y a quinze  jours, sur son lit d'hôpital".

   

Le dessinateur Mœbius est mort

Par Laurence Houot-Remy sur le site Culturebox


Le dessinateur et scénariste de bandes dessinées Jean Giraud, grand Prix du festival de la BD en 1981, est mort ce samedi matin. Artiste à deux têtes, Jean Giraud a inspiré de nombreux auteurs de bandes dessinées et réalisateurs de cinéma, sous sous son propre nom, avec le personnage de western Blueberry, et sous le pseudonyme de Mœbius, pour une carrière parallèle moins grand public et axée sur la science-fiction.

Immense déssinateur à l'imagination féconde et intarrissable, Giraud avait créé Blueberry, personnage de western devenu l'un des héros les plus célèbres de la BD populaire. Sous le  pseudonyme de Moebius, il a signé des oeuvres de science-fictions comme "L'Incal" ou "Arzach". Deux facettes qui lui ont permis de  devenir un artiste à la fois culte et très populaire.
"J'ai deux pôles, deux gestes. Quand je suis dans la peau de Mœbius, je  dessine en état de transe, j'essaye d'échapper à mon moi", expliquait-il.
Il avait été consacré "Meilleur artiste en arts graphiques" par Jack Lang et décoré en 1985 de l'Ordre des Arts et des Lettres par François Mitterrand. Une exposition à la Fondation Cartier en 2010 présentait  toute la richesse de son oeuvre.


Une équipe de France 3 l'avait rencontré à cette occasion : portrait

Jean Giraud a commencé à dessiner dès l'âge de 12, 13 ans, des cowboys et des indiens principalement. À l'âge de 15 ans, il vend sa première histoire à Marijac. Il fait une formation à l'Ecole des Arts apliqués et publie ses premiers dessins à 18 ans pour la publicité et la mode. Il collabore ensuite à des revues comme Fripounet et Marisette", "Cœurs Vaillants" et "Sitting-Bull".

À partir de la fin des années 1960, Jean Giraud illustre une série de magazines et de livres de science-fiction dans lesquels il aborde des thèmes plus personnels.

Ces illustrations sont signées Mœbius, pseudonyme inspiré de la bande à une face dite ruban de Möbius créé par le mathématicien allemand August Ferdinand Möbius. Ce pseudonyme est utilisé pour la première fois dans une bande dessinée intitulée "L’Homme du XXIe siècle", publiée en mai 1963 dans le numéro 28 d’Hara-Kiri.

Mœbius apparaît une dizaine de fois dans Hara-Kiri jusqu’au numéro 40, sorti en 1964. Par la suite, Jean Giraud n'utilisera plus cette signature sur une planche de bande-dessinée jusqu'en 1971, mais il continuera à s'en servir pour ses illustrations de science-fiction.




En 1973, il quitte le magazine Pilote et Il commence alors à illustrer des pages de "L'Écho des savanes" et fonde, en 1975, le magazine "Métal Hurlant" avec Jean-Pierre Dionnet et Philippe Druillet, qui lui donne l'occasion de créer et publier "Arzach" ou "Le Garage hermétique", qui influenceront une génération entière d'artistes. Il publie ces bandes dessinées sous le pseudonyme de Mœbius aux éditions Les Humanoïdes Associés, ainsi que Le Bandard fou, Les Yeux du chat.

Moebius et le cinéma
Dans les années 70, Jean Giraud travaille avec des scénaristes américains et notamment Alejandro Jodorowsky et Dan O'Bannon, sur un projet d'adaptation de "Dune". Le projet avorte mais la collaboration avec Jodorowsky se poursuit avec la parution de "L'Incal", une saga de science-fiction en six volumes parus entre 1980 et 1988.
En 1977, Jean Giraud participe à la demande de Ridley Scott à la conception graphique de "Alien". Il a aussi collaboré à "Tron",  "Abyss", "Le cinquième élément".
En 1988, Jean Giraud part vivre à Los Angeles et illustre une histoire du Surfer d'Argent en collaboration avec Stan Lee, selon la méthode Marvel. Circonstance rare pour un auteur européen, cette contribution a influencé plusieurs auteurs de comics, comme Jim Lee ou Mike Mignola.
En 1996, son épouse Isabelle Giraud reprend la maison d’édition et galerie "Stardom", devenue aujourd'hui Mœbius Production. Ils éditent ensemble livres, sérigraphies et affiches en édition limitée, consacrés à son œuvre.

Timbre dessiné par Jean Giraud en 2006 © Jean Giraud
En mai 2006, Jean Giraud dessine un timbre sur le thème des vacances du futur.
Il a aussi collaboré à des dessins animés, comme "Les maîtres du temps, réalisé par René Laloux.




Il aimait se mettre lui-même en scène dans certaines oeuvres, comme dans  "Inside Mœbius", où il apparaissait avec nez rouge et cheveux clairsemés.
"Une chose importante dans ce métier, c'est d'être capable de s'évaluer. Surtout au début... après on s'en fout, confiait-il.  A l'heure actuelle, je serais incapable de dire quelle est ma valeur en tant que dessinateur". Le marché de l'art l'a fait pour lui. Fin 2007, une planche d'"Arzach"  s'est vendue 58.242 euros aux enchères.
Un auteur majeur de la bande dessinée vient de disparaître.


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