jeudi 11 juin 2015

« Cavanna: jusqu'à l'ultime seconde, j'écrirai »

Dessin d'Honoré

Un doc au long cours sur François Cavanna, le créateur de Charlie Hebdo et de Hara Kiri, l’inventeur de la presse satirique, l’auteur des Ritals et d’une soixantaine d’ouvrages, disparu fin janvier 2014.
Le film repose sur des entretiens avec Cavanna réalisés peu de temps avant sa mort, des archives oubliées et des témoignages inédits comme ceux de SinéWillem, Delfeil de Ton et Sylvie Caster. 
En filigrane l’histoire en passe d’être oubliée du premier homme qui aurait pu dire « Je suis Charlie ».


La bande annonce du film de Nina et Denis Robert:



CAVANNA JUSQU'À L'ULTIME SECONDE J'ÉCRIRAI - FILM ANNONCE from CITIZEN FILMS on Vimeo.


AJOUT

Sur le site de L'Express

Il était vraiment Charlie: Cavanna raconté à l'écran par Denis Robert
Paris - Cinq mois après les attentats contre Charlie Hebdo, la libre parole de son créateur François Cavanna revit dans le documentaire de Denis Robert, "Cavanna jusqu'à l'ultime seconde j'écrirai", résonnant avec force dans une France "timorée".

"Si un homme sur cette foutue planète peut dire « Je suis Charlie », c'est lui", proclame l'affiche du film, en salles mercredi prochain.

"Il y a deux catégories de cons, les cons de naissance et les cons volontaires. De toutes façons, ils sont aussi dangereux les uns que les autres et je les aime pas!" C'est Cavanna tout craché, insolent et libre, qui crève immédiatement l'écran.

"Le film arrive cinq mois après Charlie, dans cette France plutôt timorée, la parole de Cavanna a une très forte portée, résonne comme un plaidoyer", déclare à l'AFP Denis Robert, qui craignait de voir disparaître de la mémoire collective le père de la presse satirique, mort en 2014.

"J'avais aussi envie de montrer à quel point dans ces années-là, il y avait une liberté de ton bien plus incisive qu'aujourd'hui, fait valoir le réalisateur. A présent, on s'autocensure"

Avec sa fille Nina, le journaliste d'investigation et romancier a filmé le père de Charlie et Hara Kiri entre décembre 2010 et juin 2012, exhumé des images d'archives, et réussi à faire parler son ami d'enfance Jeanjean comme ses potes collaborateurs, si rares à l'écran, tels Delfeil de Ton, Siné, Willem, Sylvie Caster qui se souviennent de leur mentor.

 'Dieu n'existe pas, Cavanna si!'  

"Cavanna était notre inspirateur, c'est lui qui nous avait inventés!", rappelle Delfeil de Ton. Pour Siné, "c'est Cavanna le père, quoi. C'est quand même lui qui a forcé la presse à s'ouvrir, à être un peu moins bête."

Willem, le grand Hollandais avec un fort accent, raconte qu'il rêvait à 20 ans de travailler avec Cavanna qui l'a régulièrement envoyé sur les roses pendant plusieurs années, jusqu'en 1968.

"La plupart des auteurs hollandais, ils rêvaient d'être publiés dans 'The New Yorker'. Moi, c'était Hara-Kiri. C'était le sommet du mauvais goût, de dégueulasserie", se souvient en riant Willem.

Charb, tué en janvier dans l'attentat visant Charlie Hebdo, avait déclaré un an plus tôt aux obsèques de l'auteur des "Ritals": "Dieu n'existe pas, Cavanna si!"

L'écrivain à la grosse moustache blanche et au regard bleu lumineux était atteint de la maladie de Parkinson pendant le tournage. Il appelait sa maladie "Miss Parki". Il parlait vrai à Denis Robert, infiniment sensible, s'avouant même "fleur bleue".

Au moment où le projet de documentaire est lancé, personne ne s'intéresse plus à Cavanna. "Jusqu'à ce que j'appelle en janvier le distributeur Jean-Michel Rey qui me dit oui. Une demi-heure plus tard, on apprenait l'attentat contre Charlie", raconte le documentariste.

Wolinsky, lui aussi assassiné en janvier, avait accepté de figurer dans le film. "J'avais rendez-vous avec lui la semaine du drame", dit Denis Robert. "Il avait été très affecté par la mort de Cavanna".

Denis Robert comptait également sur un entretien avec Tignous, "le préféré de Cavanna", selon lui.

Son documentaire revient sur les aventures Hara-Kiri et Charlie Hebdo, qui, en pleine heure de gloire, se vendaient respectivement à 250.000 exemplaires chaque mois et 160.000 chaque semaine.

"La gestion du (professeur) Choron, c'était épouvantable", se souvient Cavanna en évoquant son camarade, cofondateur à ses côtés en 1960. "C'était un aventurier c'est vrai, mais il ne se sentait bien qu'au bord du gouffre".

Il confie également devant la caméra sa "désillusion" après le passage de Philippe Val à la tête de Charlie Hebdo, de 1992 à 2009, période marquée par des tumultes internes dont l'éviction brutale de Siné, à laquelle Cavanna était opposé.

Choron avait mis en garde Cavanna: "Tu vois pas clair, moi j'vais pas avec ta bande de cons, là.... La bande de cons, c'était surtout Val, explique Cavanna à Denis Robert, mais Choron voyait clair parce qu'effectivement, il fallait pas y aller..."

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