vendredi 11 février 2022

«Un général, des généraux» de François Boucq

 Sur le site de Lille Actu,



François Boucq publie une nouvelle bande-dessinée, "Un général, des généraux", une BD sur les débuts chaotiques de la V° république.
Impressionnante série de portraits

On peut rire de tout, semble dire François Boucq, mais tout de même… Mai 58. On se dit que c’est une erreur et qu’il s’agit de mai 68 avec son cortège de jouissez sans entraves, et de sous les pavés la plage. Ce serait un bien meilleur terrain d’investigation pour un auteur de bandes dessinées.

Il faut avoir l’œil avisé de François Boucq pour trouver à rire d’un tel fait historique. Il trouve. Et en faire rire. Il sait faire. Tout en brossant une impressionnante série de portraits de généraux et de personnages politiques de la quatrième république finissante.



Un grand général de Gaulle finalement peu mis en valeur à qui il semble suffire d’attendre pour que le pouvoir lui soit remis. 

Le seul moment où il apparaît en action étant cette fameuse conférence de presse où il explique que ce n’est pas a 67 ans qu’il peut commencer une carrière de dictateur. Mais à la fin il gagne et son je vous ai compris permet de débloquer la situation.

Des généraux

Le vrai ressort comique est là dans ces personnages pourtant entrés dans l’histoire, Massu, Challe, Salan, qui ne semblent pas comprendre grand-chose à ce qui se passe, sans cesse dépassés par les évènements, en attente de ce que vont faire les autres acteurs. Putschistes d’opérette comme dans l’organisation de l’invasion de la Corse du plus haut comique.


Sirotant leur whisky ils se rendent paresseusement sur le balcon du Grand Quartier Général pour y prononcer des paroles qui leur sont soufflées à l’oreille et qui font l’histoire. 

Une totale ambiguïté de situations qui va sceller les clans et faire que quelques hommes décidés comme le Tourquennois León Delbecque vont faire basculer le destin de la République, et qui font rire le lecteur qui n’en croit mais…

Oh que ces généraux semblent bien bêtes. Heureusement on ne leur confie pas le soin de faire la guerre, tout juste de la politique et c’est bien plus drôle parce qu’ils s’y entendent encore moins.

Guy Mollet, Pierre Pflimlin…

Les politiciens de la quatrième république ne sont pas moins ridicules et donc drôles, empêtrés dans des jeux de rôles et des postures qu’ils incarnent plus ou moins bien. 

Seuls René Coty le Président de la République qui tire les ficelles comme un Président de la République italienne pourrait le faire au Quirinal et un François Mitterrand qui prend date pour plus tard apparaissent sauvés du ridicule dans lequel le scénario les positionne.

Un Scénario que l’on doit à Nicolas Junker, un nouveau complice pour le dessinateur qui sait s’entourer des plus grands. 

Les références historiques sont solides. Elles déclencheront sans doute quelques polémiques, mais ne devraient pas générer de procès en inexactitudes trop flagrantes. 

François Boucq, apparaît au mieux de sa forme à quelques semaines du festival d’Angoulême où il n’a plus rien à prouver ni aucune distinction à obtenir puisqu’il les a toutes.

Son extraordinaire capacité à déplacer le regard comme on déplace les caméras de prise de vue fait ici encore merveille et son talent de caricaturiste apparaît ici de la plus belle manière.

Jean-Michel Stievenard

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