mercredi 22 juin 2016

Rodho, dessinateur de presse

Sur le site de la Voix du Jura.


Rodolphe Grandviennot (Rodho), passionné par la politique et le dessin, est devenu dessinateur de presse. Il travaille entre autres pour Fakir et soutient la presse indépendante.



Suivre l’actualité, c’est devenu compulsif chez lui. Radio, journaux, sites internet… Rodolphe Grandviennot « navigue sur tout ». Le soir, la nuit, « il faut qu’il y ait un truc qui tourne ». Son autre passion, c’est le dessin. « J’ai toujours aimé dessiner, comme ça, pour le plaisir, pour des copains. » 

En 2007, avant les élections, l’idée lui prend de monter un blog, « comme ça se faisait beaucoup à l’époque ». Un blog où il publie, « de temps en temps, quand ça (lui) venait », des « dessins rigolos, satiriques, sur la politique ». Presque dix ans plus tard, Rodolphe Grandviennot est devenu Rodho, dessinateur de presse.

Devenir dessinateur de presse ? Pourquoi pas !

Né à Dole, il a grandi à Arbois dans une famille vigneronne, où il revient régulièrement. « Mon parcours n’est pas celui auquel on peut s’attendre… J’ai fait une licence d’histoire. Je n’ai aucun diplôme dans le graphisme ou les beaux arts. »

Rodho a fait ses études supérieures à Dole et Besançon. Il travaille d’abord « dans le vin ». « Je suis Arboisien, c’est difficile d’y échapper », lâche t-il dans un sourire. « Je faisais des petits boulots. »

Il est contacté en 2007 par France 3 Franche-Comté. La chaîne s’intéresse à son activité de bloggeur. En 2008, elle lui propose de réaliser des dessins pendant les élections régionales. Puis municipales. Puis cantonales. Le travail du dessinateur est alors repéré par un site internet qui traite l’information locale sur Besançon et son agglomération, macommune.info. « C’est mon premier contrat officiel, qui continue depuis. » Devenir dessinateur de presse ? « Finalement, pourquoi pas ! »



Il contacte l’hebdomadaire Marianne dont le site internet était en plein développement et décroche des piges. Il suit sa compagne sur Paris. « À l’époque, tous les sites d’information montaient des blogs, et développaient des sites participatifs. » Rodho est alors contacté par lepost.fr, « une ex-croissance du Monde », puis travaille pour le site du Nouvel Obs au moment des élections en 2012 et 2013.

Puis pour bastamag.net, un site indépendant qui traite l’actualité économique, sociale et environnementale. En parallèle, il dessine pour le bimestriel satirique, Zélium. De façon bénévole. « Je me suis rendu compte que lorsque l’on travaille pour de gros groupes, il faut faire des concessions. On orientait mon travail et ça ne me convenait pas. J’ai donc essayé de travailler pour des publications indépendantes. Et là, il faut faire des concessions pécuniaires ! J’essaie d’avoir une espèce d’éthique, même si c’est un bien grand mot (…) J’aimerais que la presse indépendante puisse vivre comme il faut. »

Pour subsister, le dessinateur garde en parallèle des petits boulots dans la communication et l’illustration, pour des sites internet, pour des manuels scolaires. Rodho passe finalement huit ans dans la capitale, avec toujours l’appel de la région, et quelques pieds de vigne à soigner.

Provoquer le débat, des réactions

Il est revenu sur Besançon l’année dernière. Il travaille depuis un an et demi pour le journal indépendant Fakir « fâché avec tout le monde. Ou presque ». Le dessinateur a assuré le débat à Poligny après la projection du film Merci Patron !, de François Ruffin, le rédacteur en chef de Fakir. « Depuis le film (qui raconte l’histoire de deux employés d’une filiale du groupe LVMH licenciés, NDLR), ça bouge ! Là, on est à plus de 500 000 entrées. » 

Depuis 2015, Rodho collabore aussi au site internet sans-a.org (pour lequel un financement participatif sur ulule.com est en cours). « Ils vont chercher des gens dans la rue, en situation précaire, pour les mettre en lumière, raconter leur parcours chaotique. Deux personnes ont retrouvé du travail grâce à ce site. Ce projet me tient à cœur. Ça fait partie de mes ambitions de travail (…) Tous les sites, les supports pour lesquels je travaille sont tous orientés. Mes dessins ne sont jamais tièdes, il y a toujours un message derrière. »

Pour lui, le dessin de presse doit « nous faire bouger sur nos lignes ». « La France reste encore un pays où le dessinateur de presse est quand même dans un fauteuil (…) c’est pour ça qu’il faut qu’on se permette de faire des choses. Que les illustrations ne servent pas qu’à faire rire. Il faut essayer de se pousser un peu, de titiller, de provoquer le débat, des réactions. »


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