jeudi 28 janvier 2021

Petite histoire du Festival BD d'Angoulême

 Sur le site de France Inter.

Première édition du Salon International de la bande dessinée d'Angoulême en 1974. Pose de la banderole sur le théâtre. © Archives du FIBD

Pourquoi le neuvième art s'est-il implanté à Angoulême ? Comment le Festival a-t-il évolué ? A l'occasion de la 48e édition du grand rendez-vous annuel de la BD, plongée dans l'histoire du Festival grâce à quelques archives de France Inter et du Festival.





Il y a 47 ans, la première édition

Au départ du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême, quelques auteurs venus dédicacer dans la Cité angoumoisine lors d'une quinzaine de la BD organisée par quelques passionnés. 

En 1974, le Festival attire déjà sur place des grands noms du 9e art : Hugo Pratt, Claire Bretécher, Harvey Kurtzman

Hergé et Francis Groux en 1977 à Angoulême / Archives du FIBD

En 1977, Hergé lui-même se déplace. 

Cette même année, raconte l'ancien président du Festival Dominique Brecheteau, le festival a frôlé la catastrophe : "Au début, le Festival accueillait le public au Conservatoire de musique et au Musée d'Angoulême. 

Mais devant le succès, il y a très rapidement eu des chapiteaux, puis des structures gonflables - des bulles. 


Le jeudi, veille de l'inauguration, les éditeurs avaient déjà monté les stands, apporté les livres. quand le vent s'est mis à souffler fort. Tout à coup vers 11h30, les bulles ont commencé à se déchirer. 

Le salon s'est réfugié dans un parking construit récemment. Puis pour des raisons de sécurité il a encore fallu déménager dans un gymnase à trois kilomètres d'Angoulême ! 

Le lendemain, le festival s'est ouvert comme si rien ne s'était passé."


La professionnalisation

Dans les années 1980, le festival prend de l'ampleur et se professionnalise. 

Un atelier-école de bande dessinée et la Maison de la bande dessinée (centre de documentation et de recherche) sont créés en 1982. 

Le ministre de la Cuture Jack Lang annonce en 1984 l'ouverture prochaine d'un Centre national de la bande dessinée et de l'image qui sera à la fois musée, médiathèque et centre de recherche. 


Un Festival qui attire les grands noms de la BD

Le 2 février 1981, le dessinateur Franquin a raconté une anecdote sur l'apparition des personnages féminins dans la BD : "Quand j'ai commencé dans la bande dessinée, il n'y avait pas d'écoles mixtes. 

Le 9e art était le reflet de cette époque et maintenait cette espèce de ségrégation. 

On voyait assez peu de filles dans les BD. Mais il y en avait dans les bandes dessinées américaines importées, et on maquillait leurs formes différemment selon les pays. 

Les filles de Flash Gordon ont été l'émotion de ma petite adolescence, une émotion charmante. Je ne suis pas devenu un maniaque sexuel, mais la reine Fria dans son justaucorps me plaisait. 

Les Italiens, par exemple, mettaient une robe noire entière et les autres, cachaient, mettaient des soutiens gorge spéciaux plus lourds...

Le premier travail de mon complice Delporte, devenu ensuite rédacteur en chef de Spirou, avait consisté à diminuer les poitrines féminines qui venaient d'Amérique. 

Comme l'idée lui déplaisait quand les personnages étaient de profil, il coupait tout droit pour qu'on ne voit plus rien !"

Franquin explique ensuite la naissance de Gaston Lagaffe :

C'est un anti-héros né en réaction aux personnages très nerveux. Je me suis reposé en faisant un personnage très relax dans un monde agité autour de lui.

Franquin a aussi expliqué dans cette émission l'origine des Idées noires : un journal clandestin au sein du journal Spirou, baptisé "Le Trombone illustré", qu'il a dû publier ensuite à l'initiative de Gotlib dans Fluide glacial." 



Un festival à l'ambiance unique

En 1988, le Festival menace de quitter la ville charentaise pour Grenoble, ville de l'éditeur Jacques Glénat. 

Pour s'assurer que la manifestation de la bande dessinée reste à Angoulême, le maire de la ville, Jean-Michel Boucheron, accroit ses subventions. Des rumeurs de déplacement du Festival reviendront régulièrement.



À Angoulême, l'ambiance est particulièrement décontractée.

René Pétillon, l'auteur des Jack Palmer, président du jury en 1990, passe une tête à l'émission de Daniel Mermet Là-bas si j'y suis en direct depuis Angoulême.

Il est aussi question de l'œuvre de Winsor Mc Cay à qui le Festival consacre une exposition. 

La scénariste de BD Dodo (Les Closh...) est, elle, touchée par l'hommage aux dessinateurs anglais. 

L'éditeur Jean-Luc Fromental évoque une autre exposition organisée la même sur l'œuvre du duo Peeters et Schuiten

En fin d'émission, Wolinski et Cabu arrivent. Il est déjà question d'intégrisme religieux : celui des catholiques. 



1996, l'affiche prémonitoire de Villemin

L'ancien président du Festival Dominique Brecheteau raconte : "Vuillemin, avait reçu le Grand Prix en 1995 (ce qui avait d'ailleurs provoqué le départ de Morris, l'auteur de Lucky Luke, du jury). 

La tradition veut qu'il dessine l'affiche de l'édition suivante. Le dessinateur des Sales blagues s'exécute. 

Mais la direction refuse son dessin, jugé trop trash. 

À la place Vuillemin imagine trois cases : sur la première un bébé, la tétine dans la bouche, lit des BD; dans la deuxième, un adulte lit une BD; et dans la troisième, un homme est couché dans un cercueil avec des BD autour.

Et à côté, figure un employé des pompes funèbres qui dit "Dépêchez-vous, on ferme" ! 

Cette année-là, Burne Hogarth, le dessinateur de Tarzan, était reçu comme invité d'honneur. Il profite pleinement du festival, participe à toutes les fêtes... 

Le lundi matin, son attachée de presse frappe à la porte de la chambre de son hôtel. Il ne répond pas. Il était mort."


Des prix dessinés par Lewis Trondheim, les fauves

Depuis l'origine, des prix sont remis. Le Grand Prix récompense un auteur pour l'ensemble de son œuvre. 

Les autres prix ont plusieurs fois changé de dénomination et de mode de sélection. 

D'abord appelés "Alfred", en hommage au pingouin d'Alain Saint-Ogan, ils sont devenus de 1989, à 2004 les "Alph-art" en hommage à l'album inachevé de Tintin. 

De 2004 à 2006, ils furent les "Essentiels"

Aujourd'hui le palmarès remet des Fauves (Fauve d'or, Fauve spécial, Fauve polars, Fauve du patrimoine…), des trophées dessinés par Lewis Trondheim en 2007.


Les dernières éditions furent mouvementées


L'édition de 2015 est marquée par un soutien aux dessinateurs de Charlie Hebdo

Quelques semaines après les attentats à la rédaction de Charlie Hebdo se tient en janvier 2015 un Festival à la teneur particulière. 

Une place Charlie Hebdo est inaugurée, les hommages se multiplient, et un prix spécial est décerné

Au nom de Charlie Hebdo, Jean-Christophe Menu n'a pas hésité à lancer un mot d'insulte au maire d'Angoulême, présent devant lui, pour avoir entouré de grillages les bancs publics de la ville afin d'en écarter les SDF.

En 2016, le Festival ne présente aucune femme pour le Grand Prix dans sa sélection officielle. 

Les autrices appellent au boycott. "Il y a quelque chose de réac au royaume de la BD."

En 2020, nouvelle menace de boycott du festival : cette fois-ci, les auteurs se battent pour leur statut. 

Un rapport (Rapport Racine du nom de son responsable) devait être remis avant le Festival. 

Et il tarde à arriver.

En 2021, en plus du virus qui contraint le festival a modifier son organisation, certains auteurs appellent à nouveau à bouder Angoulême.

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