lundi 4 novembre 2019

Hors série de Charlie Hebdo: Caricature mode d'emploi

Sur le site de Charlie Hebdo.



Charlie Hebdo publie cette semaine un numéro hors série, Caricature mode d'emploi, dont la plupart des textes sont signés par Riss.

Les dessinateurs du magazine y témoignent également de leur métier en textes ou dessins. 

On a également droit à des dessins de L'Assiette au beurre pleine-page, mais ce hors-série donne aussi l'occasion de revoir des dessins de Luz, Charb, ou Cabu publiés en Une de l'hebdo.

L'assiette au beurre - #59 - 17 mai 1902 - Henri Gustave Jossot

Charlie Hebdo - # 244 - 19 février 1997 - Couverture : Luz

Charlie Hebdo - # 1164 - 8 octobre 2014 - Couverture : Charb

Charlie Hebdo - # 25 - 7 septembre 1982 - Couverture : Cabu

Le document se termine par des témoignages de femmes et d'hommes politiques à propos de caricatures qu'ils leur sont consacrées.

***

L'éditorial de Riss dans le #1423 de Charlie Hebdo du 30 octobre 2019:

Je me suis trompé. En écrivant un texte publié aujourd’hui dans le tout nouveau hors-série de Charlie Hebdo consacré à la caricature et intitulé Caricature, mode d’emploi, j’ai affirmé que la censure politique avait disparu. 
Je me suis trompé, car j’avais une vision trop franco-française et j’oubliais que certains pays n’hésitent pas à la pratiquer non seulement à l’intérieur de leurs frontières, mais aussi au-delà. 
 Pour sa couverture titrée « Erdogan, l’éradicateur », Le Point est poursuivi pour « insulte au chef de l’État » par le dictateur turc.

La censure politique existe donc toujours, mais nous arrive par-delà nos frontières, en provenance de régimes politiques répressifs. On se souvient de ces militants pro-Erdogan qui avaient exigé que soit retirée de l’affichage une couverture du Point titrée « Le dictateur ».

On croit rêver en revivant, en 2019, ce qu’avait vécu le dessinateur Cabrol en 1938, qui, après avoir publié dans un journal luxembourgeois une caricature d’Adolf ­Hitler, fut poursuivi en justice par le IIIe Reich pour cet affront.

Non seulement les dictatures menacent les médias étrangers qui les critiquent, mais aujourd’hui, grâce à l’informatique, il leur est possible de les déstabiliser par d’autres procédés.

Ainsi, après la couverture de Charlie Hebdo d’il y a quinze jours qui titrait « Erdogan libère la femme », notre site Internet fut soudainement victime de milliers d’attaques qui s’acharnaient à le mettre hors service : 162 000 en trois heures. 
Nous aussi avons déposé plainte contre cette agression qui cherchait à nous effacer d’Internet. La censure politique n’a donc pas disparu, et c’est par tous les moyens à sa disposition qu’elle cherche à museler les contestataires.
Il y a pourtant aujourd'hui moins de tyrans en Europe qu'il y a cinquante ans, quand régnaient encore Salazar au Portugal, Enver Hoxha en Albanie, les colonels en Grèce, ou Franco, qu'on vient de déloger de son ignoble mausolée. 
Dessin de Riss
C'est aux frontières de l'Europe qu'on trouve encore des dinosaures de cette espèce comme Poutine, Erdogan ou Assad. 
On se dit alors, contrairement à ce que pensent certains, que la caricature a encore de beaux jours devant elle. 
Ceux qui, comme au New York Times, prétendent que le dessin politique et la caricature ne sont plus indispensables à la liberté d'expression sont complètement à côté de la plaque. 
L'exemple de de la Turquie, qui poursuit en justice un journal français, démontre plus que jamais la nécessité de taper à bras raccourcis, par la plume et le dessin, sur ces fascistes de notre époque. 
Ces nouvelles tyrannies ont su s'adapter aux modes de communication modernes et se glisser dans les interstices de nos démocraties pour en exploiter les faiblesses, comme des essaims de frelons asiatiques dans nos greniers ou des punaises de lit dans nos draps. 
De même, de nouvelles idéologies totalitaires comme l'islamisme utilisent habilement les droits de notre arsenal juridique démocratique pour se diffuser et en remettre en cause les fondements. 
La censure n'a donc pas disparu, elle a simplement changé d'habit, d'uniforme ou de soutane et est toujours aussi déterminée à nous réduire au silence. 
Journaux satiriques turcs réduits au silence.
Plus que jamais, nous devons caricaturer, dénoncer et taper sur ces ennemis impitoyables. Car ils n'auront aucune pitié pour nous et pour nos libertés.  
Il n'y a pas un centimètre è céder. Dans l'espace privé, et plus encore dans l'espace public, c'est notre affaire.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire