vendredi 23 juillet 2021

Les planches de F’murrr cédées en dation à l’Etat

 Sur le site du Monde.


La nouvelle n’a jamais été rendue publique. Il y a un peu plus d’un an, les héritiers de Richard Peyzaret, plus connu sous le nom de F’murrr, ont fait don à l’Etat de la plus grande partie des planches et illustrations de l’auteur de bande dessinée, notamment connu pour sa série Le Génie des alpages (Dargaud). 

Destinée à régler les frais de succession du dessinateur mais aussi à préserver son œuvre, cette dation est une première dans l’histoire du 9e art et pourrait inspirer de nombreux ayants droit, confrontés à l’envolée des prix du marché des originaux de BD et préoccupés à l’idée de voir le patrimoine artistique de leurs aïeuls dispersé.

L’histoire commence en 2018. Le 10 avril, F’murrr meurt subitement. 

Comme la plupart des auteurs de bande dessinée, le septuagénaire n’a pas préparé sa succession. Jamais marié, sans enfants, c’est à ses deux sœurs, alors âgées de 79 et 80 ans, qu’incombe la charge de l’héritage. 

Dans son appartement parisien, elles trouvent plus d’un millier de planches, couvertures d’albums, illustrations, croquis préparatoires… 

« Richard gardait la plupart de ses dessins originaux, il avait encore presque toutes les planches du Génie des alpages, les albums complets du Pauvre Chevalier et des Aveugles, des dossiers préparatoires, beaucoup de dessins de presse, des affiches pour des festivals… », se souvient Barbara Pascarel, autrice et amie du dessinateur, qui s’est occupée de la succession avec Elisabeth Walter, une autre proche.

Me Eric Dumeyniou, commissaire-priseur : « Le fonds proposé est d’une richesse exceptionnelle car il est représentatif de l’ensemble de l’œuvre dessinée de F’murrr. Sa valeur et son intérêt sont considérables »

À l’époque, les planches de F’murrr se vendent déjà entre 1 000 et 2 000 euros pièce sur le marché des originaux, ce qui fait enfler le montant de la succession. 

« Les droits de mutation étaient élevés, avec un actif supérieur à 300 000 euros. Il y avait un vrai risque que les héritières refusent la succession car elles n’avaient pas les moyens de payer », assure Alexis Fournol, avocat spécialiste du monde de l’art. 

Très vite s’impose l’idée d’une dation. 

Créé en 1968, ce dispositif permet de régler une dette fiscale en cédant à l’Etat des œuvres ayant une « haute valeur artistique ou historique »

« Mais c’était un pari car jamais une dation n’avait été faite pour de la bande dessinée », confie Mme Pascarel.

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