jeudi 16 février 2012

Tintin acquitté en Belgique


Le dessinateur Damien Glez commente la controverse autour de l'album Tintin au Congo:
Tintin, héros belge devenu star internationale depuis le film de Steven Spielberg, ne verra pas ses aventures congolaises passées à la moulinette.

Ce n'est pas faute de harcèlement judiciaire. Dès 2007, Bienvenu Mbutu Mondondo, ressortissant de la République démocratique du Congo vivant au pays du reporter à la houppe, réclamait l'interdiction de l'album "Tintin au Congo", dénonçant «une BD raciste, faisant l'apologie de la colonisation et de la supériorité de la race blanche sur la race noire».

Il se serait contenté de l'imposition, sur les albums, d'un bandeau d'avertissement ou d'une préface expliquant le contexte de l'époque à laquelle le dessinateur Hergé avait écrit son scénario.

Mais le tribunal de première instance de Bruxelles vient de débouter le plaignant, le 10 février dernier. Pas question de censurer la réédition de 1946 de cette bande dessinée -version colorisée et allégée de celle de 1920. Selon la cour, Hergé ne pourrait être accusé d'intentions discriminatoires, ni d'incitation à la haine raciale. Agé de 23 ans au moment où il écrivait cette histoire, et n'ayant jamais mis les pieds en
Afrique, il aurait été lui-même une victime de la propagande colonialiste. Tintin ne serait que le reflet fidèle de l'aveuglement "civilisateur" des colons. Le représentant de l'éditeur Casterman y décèle moins du «racisme» que du «paternalisme gentil».


Les bulles des personnages africains de "Tintin au Congo" continueront de charrier, en toute impunité, des phrases de "petit nègre" comme «Li missié blanc très malin», pendant que le chien Milou continuera d'houspiller les "indigènes" en déclarant «Allons, tas de paresseux, à l'ouvrage!». La conservation de cette version rénovée serait donc garante d'un témoignage d'époque authentique, de la trace d'une certaine vérité historique.

Quoiqu'un chien qui parle, ce soit assez peu conforme à la vérité. Faut-il se réjouir? La jurisprudence n'aurait-elle pas suscité des plaintes à l'infini? Aurait-il fallu gommer le gaulois Obélix de la bande dessinée française, sous prétexte qu'il représente une caricature indécente des personnes en surpoids? Aurait-il fallu censurer Iznogoud au motif qu'il alimenterait un racisme anti-persans-que-d'ailleurs-on-croit-toujours-que-ce-sont-des-arabes?

Aurait-il fallu interdire les Schtroumpfs bleus ou les Simpson jaunes qui tourneraient en dérision les couleurs de peau minoritaires?

Comme pour se faire pardonner d'avoir évoqué une langue française torturée en Afrique centrale, il y a un siècle, Tintin s'est mis à parler le wolof dans «Kumpag Wangalang Wi», récente version du «Secret de la Licorne» dédiée au Sénégal.


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