samedi 14 octobre 2017

«Raif Badawi: rêver de liberté»

Isabelle Pion dans La Tribune.


L’histoire de Raif Badawi a été racontée partout sur la planète. Elle fait maintenant l’objet d’une bande dessinée documentaire disponible sur le web, une œuvre créée par Radio-Canada Estrie.

Au fil des 183 cases de cette bande dessinée intitulée Raif Badawi : rêver de liberté, le lecteur découvre l’histoire du blogueur saoudien condamné en 2012 à 10 ans d’emprisonnement, mais aussi celle de son épouse Ensaf Haidar et de leurs enfants.

Raif Badawi a également été condamné à 1000 coups de fouet. Après une première séance de flagellation, il n’a plus été fouetté par la suite.

La lecture permet aussi d’en apprendre sur l’Arabie saoudite, un pays montré du doigt pour la situation des droits de l’homme.

Directeur de Radio-Canada Estrie, Stéphane Laberge souligne que ce projet s’avère un documentaire en « bonne et due forme », mais plutôt que d’être pensé sous forme radiophonique ou télévisuelle, il a plutôt vu le jour en bande dessinée, après environ deux ans et demi de travail.

L’équipe a répondu à un défi lancé par le directeur des régions du Québec, André de Sève.

Ordinateur, tablette ou cellulaire

Il s’agit du « premier projet journalistique dessiné de cette ampleur réalisé par CBC/Radio-Canada » : selon la société d’État, ce documentaire s’inscrit « dans la tendance des médias qui explorent la bande dessinée comme nouveau format journalistique »

Le site adaptatif, dévoilé jle 4 octobre dernier, peut être consulté sur ordinateur, tablette ou cellulaire.

L’histoire du célèbre prisonnier d’opinion s’est rapidement imposée par elle-même. 

« On avait la meilleure histoire à raconter dans ce format-là. Ce que je trouve intéressant, c’est qu’avec la bande dessinée, on peut rejoindre un auditoire assez vaste », note M. Laberge.

Au point de vue journalistique, le projet comportait quelques défis. Parmi eux, déterminer la chronologie des faits de façon rigoureuse, raconte Marie Eve Lacas, journaliste illustratrice.

« Ç’a été un véritable casse-tête. Ce n’est pas le même calendrier du tout (en Arabie saoudite). 

On essayait de faire la chronologie la plus exacte qui soit, pour pouvoir vérifier et contre-vérifier ce qui était survenu dans leur vie. 

Quand on demandait à Ensaf Haidar de préciser les événements, ce n’était jamais les mêmes dates... 

Ça m’était arrivé dans ma couverture : Raif avait changé d’âge. Il était passé de 32 à 31 ans dans la même semaine. 

C’est là qu’on a été curieux, et on s’est fait confirmer par Ensaf Haidar qu’ils n’ont pas le droit de souligner les anniversaires, donc ils perdent complètement la notion du temps. 

Les fêtes ne peuvent pas être soulignées, les fêtes commerciales encore moins (...) 

Ensaf Haidar ne peut pas dire précisément en quelle année elle s’est mariée. Heureusement, à une certaine époque, les dates apparaissaient sur les photos. »

Ressortir ses crayons

Ex-designer de mode et couturière pour le théâtre, Marie Eve Lacas avait rangé ses crayons, mais s’est fait un plaisir de les ressortir pour ce projet de longue haleine.

L’équipe, qui a parlé au père de Raif Badawi (un de ses principaux opposants), a pu bénéficier d’aide pour la traduction. 

Des défis se sont aussi posés par rapport à la représentation visuelle de ce pays au régime opaque. Heureusement, raconte la journaliste illustratrice, les journalistes ont pu dénicher notamment des photos que le blogueur avait partagées sur les réseaux sociaux.

Outre Marie Eve Lacas, les principales artisanes du projet sont Geneviève Proulx, journaliste et scénariste, la rédactrice en chef Isabelle Rodrigue et la bédéiste (de l’externe) Myriam Roy. 

On retrouve aussi les photos de la journaliste Émilie Richard.

On peut découvrir Raif Badawi : rêver de liberté à l’adresse Radio-Canada.ca/badawi en français et en anglais sur CBC.ca/badawi.

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