dimanche 29 octobre 2017

L’héritage pillé de Blake et Mortimer: l’enquête

L'enquête de Daniel Couvreur dans Le Soir.



En 1983, l’auteur belge Edgar P. Jacobs a été le premier auteur de bande dessinée au monde à créer, de son vivant, une Fondation d’utilité publique pour s’assurer de la pérennité de son œuvre.

Il avait pris cette décision après le refus du principe d’une donation par le ministère des Finances. La Bibliothèque nationale lui avait aussi fermé la porte, faute de place…

En ce temps-là, les originaux de bande dessinée n’avaient pas la cote. 

La Chambre belge des œuvres d’art estimait la valeur moyenne d’une planche des aventures de Blake et Mortimer à 125 euros. 

Vingt-huit ans plus tard, en mars 2015, la planche nº8 de La Marque jaune s’est envolée chez Christie’s pour 205 500 euros. 

Pourquoi était-elle mise aux enchères plutôt que d’être à l’abri dans les coffres de la Fondation Jacobs ? Mystère…

Pour assurer sa postérité, Jacobs avait mis en œuvre un plan visionnaire. 

Les Editions Blake et Mortimer se chargeraient de poursuivre l’édition de ses albums. 

Et le Studio Jacobs, propriétaire des droits d’exploitation de ses héros, financerait la Fondation, gardienne de l’ensemble de ses originaux. 

Mais rien ne s’est passé comme prévu…

En 1992, celui qu’il considérait comme son fils spirituel et le principal défenseur de sa mémoire, Philippe Biermé, a revendu les Editions Blake et Mortimer, puis le Studio Jacobs à Dargaud, filiale du groupe Média-Participations. 

Le conseil d’administration de sa Fondation s’est déchiré entre « pro » et « anti »-Biermé.

En 2014, las « des attaques gratuites et des guerres sans raison », Philippe Biermé a pris contact avec Moulinsart pour « donner un nouvel avenir » à la Fondation Jacobs. 

Philippe Biermé a demandé la mise en liquidation judiciaire de la Fondation Jacobs et, en 2016, le tribunal de première instance de Bruxelles l’a désigné comme liquidateur.

Deux anciens administrateurs de la Fondation, Pierre Lebedel et Charles Dierick, soutenus par Claude de Saint-Vincent, le directeur du Studio Jacobs et de Média-Participations contestent la liquidation. 

Mais sans attendre l’issue judiciaire, Philippe Biermé a fait donation des originaux de la Fondation Jacobs à la Fondation Roi Baudouin. 

Et pour ne pas abandonner le contrôle du droit moral, il a mis sur pied avec Moulinsart, gestionnaire des droits sur l’œuvre d’Hergé, une nouvelle Fondation Edgar Jacobs.


NDLR Les quatre volets de l'enquête seront publiés sur ce blog au cours de la semaine.

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